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Les cinq pâtes romaines expliquées — ce qu'elles sont, où les manger, et ce qu'il faut éviter

Les cinq pâtes romaines expliquées — ce qu'elles sont, où les manger, et ce qu'il faut éviter

Rome compte quelque quatre mille ans d’histoire et à peu près cinq pâtes qui comptent vraiment. Ce n’est pas une exagération. La cuisine romaine repose sur un canon serré — les mêmes ingrédients, les mêmes techniques, les mêmes disputes sur la grand-mère qui la préparait le mieux. Comprendre ces cinq plats avant d’arriver vous évitera de commander la mauvaise chose, vous aidera à repérer les versions pour touristes, et vous rendra considérablement agaçant pour les Italiens — dans le bon sens du terme.

Les quatre grandes (plus une)

L’univers romain des pâtes comprend : la cacio e pepe, la carbonara, l’amatriciana et la gricia. Ces quatre préparations sont si proches que comprendre l’une éclaire toutes les autres. La cinquième, les tonnarelli cacio e pepe face aux rigatoni carbonara, est moins un plat différent qu’une dispute différente. Mais il existe une cinquième entrée à connaître : la pasta alla genovese, qui malgré son nom est un plat napolitain tellement ancré dans la tradition culinaire judéo-romaine que vous la retrouverez partout dans la scène gastronomique du Ghetto juif.

Traitons-les convenablement.

La cacio e pepe — la base

Cacio e pepe signifie « fromage et poivre ». C’est tout. Pecorino Romano, poivre noir et l’eau de cuisson amidonée des pâtes. Rien d’autre. Pas de crème, pas de beurre, pas d’ail, pas d’huile d’olive (certains en ajoutent une touche). La technique est primordiale : on grille le poivre dans une poêle sèche, on dissout le Pecorino en une pâte avec l’eau chaude, et on les réunit avec les pâtes en remuant constamment pour que le fromage forme une sauce plutôt que de former des grumeaux.

C’est l’un des plats techniquement les plus exigeants de la cuisine romaine. Il paraît simple. Il ne l’est pas. Une cacio e pepe parfaitement réussie présente un enrobage brillant et crémeux qui nappe chaque brin de tonnarelli ou chaque rigatoni sans le moindre grumeau visible. Mal faite, le fromage caoutchouteux reste collé aux pâtes en morceaux. Environ 60 % des restaurants de Rome servent la mauvaise version.

La meilleure version de la ville fait l’objet d’un vrai débat. Da Enzo al 29 à Trastevere est souvent cité. Felice a Testaccio à Testaccio en propose une version à table, théâtrale et excellente. Roscioli près de Campo de’ Fiori a une version qui divise — certains la trouvent trop riche, d’autres la considèrent comme la référence absolue.

Tarifs : une portion principale de cacio e pepe tourne entre 14 et 22 € selon l’endroit. À 9 €, vous êtes probablement dans un piège à touristes.

La gricia — l’ancêtre

La gricia, c’est la carbonara sans l’œuf. C’est l’amatriciana sans la tomate. Elle précède les deux, ce qui en fait la plus ancienne de cette liste et, pour un certain type de passionné de gastronomie, la plus intéressante. Les ingrédients sont le guanciale (joue de porc séchée, pas de pancetta — c’est important), le Pecorino Romano, le poivre noir et l’eau de cuisson. C’est la liste complète.

La saveur est profondément charcutière et savoureuse d’une façon que la richesse de la carbonara et l’acidité de l’amatriciana masquent quelque peu. Elle est plus nette que les deux autres et, sans doute, plus exigeante en qualité d’ingrédients, car il n’y a rien derrière quoi se cacher. Si votre guanciale est bon, la gricia est extraordinaire. Sinon, vous le saurez.

La gricia est aussi la pâte romaine la moins susceptible de figurer sur un menu destiné aux touristes et la plus susceptible d’être préparée correctement dans un restaurant local. Si vous la voyez proposée comme spéciale du jour ou écrite à la craie sur un tableau noir, commandez-la.

La carbonara — la célèbre

La carbonara est une gricia à laquelle on a ajouté des jaunes d’œufs, ce qui en fait l’une des préparations de pâtes les plus riches du canon italien. Bien exécutée, la sauce est un enrobage brillant et voluptueux de Pecorino et d’œuf qui transforme les pâtes en quelque chose qui se situe entre un plat principal et une indulgence décadente. Le guanciale doit être fondu jusqu’à ce que le gras soit translucide mais l’extérieur doré et légèrement croustillant. Le poivre doit être abondant.

Ce qu’elle ne contient pas, c’est de la crème. Pas de crème. L’onctuosité vient de l’émulsification du gras, du jaune d’œuf, du fromage et de l’eau de cuisson amidonée. Si un restaurant ajoute de la crème, c’est une adaptation pour les touristes qui ont trouvé la version authentique déconcertante, et cela ne reflète pas la technique traditionnelle.

La question de l’œuf déroute les gens : la carbonara n’utilise traditionnellement que des jaunes, pas des œufs entiers. C’est ce qui lui donne sa couleur jaune profond et sa richesse. Certaines recettes utilisent un œuf entier plus des jaunes supplémentaires. Personne n’utilise uniquement des blancs.

Où la manger : Roscioli est fréquemment cité comme le point de référence de la ville, et la liste d’attente le prouve — réservez plusieurs jours à l’avance. Pour quelque chose de moins officiel mais d’aussi bon, la Trattoria Da Danilo près de Termini est sous-estimée et pratique des prix honnêtes.

L’amatriciana — la tomate arrive

L’amatriciana (techniquement all’amatriciana, ou alla matriciana en dialecte romain) est une gricia à laquelle on a ajouté de la tomate. Le guanciale est d’abord fondu, puis les tomates San Marzano concassées sont ajoutées et réduites avec du vin blanc jusqu’à ce que la sauce soit brillante et légèrement sucrée. Le Pecorino est incorporé à la fin. Le bucatini est le format classique — ces épais spaghettis creux, aussi satisfaisants qu’extrêmement difficiles à manger sans s’éclabousser.

Le plat vient d’Amatrice, une ville des montagnes au nord-est de Rome dans le Latium, qui a été largement détruite par le séisme de 2016. Le manger est, entre autres choses, un petit acte de mémoire culturelle.

Les disputes entre Romains sur l’amatriciana se concentrent sur deux points principaux : l’oignon (certains ajoutent un demi-oignon au guanciale — une hérésie pour les puristes, parfaitement acceptable pour les autres) et le vin (blanc ou aucun). La question du peperoncino — certains en ajoutent, d’autres non — génère moins d’ardeur.

Où la carbonara et l’amatriciana dérapent sur les menus touristiques

Les versions piège à touristes des deux plats ont des signes révélateurs bien précis. Pour la carbonara : trop pâle (pas assez de jaune d’œuf), aqueuse (crème ou eau ajoutée pour la diluer), ou une masse collante de fromage (surchauffé). Pour l’amatriciana : pancetta à la place du guanciale (plus douce, moins intéressante), tomates pelées en conserve insuffisamment réduites, Parmigiano à la place du Pecorino (plus sucré, moins relevé).

À Testaccio, le quartier gastronomique de Rome où vivaient les ouvriers des abattoirs qui ont inventé une grande partie de cette cuisine, les standards sont constamment plus élevés. Les étals du marché de Testaccio sont une option bon marché fiable. À Trastevere, la qualité varie énormément selon les restaurants — ceux avec des menus plastifiés et quelqu’un à la porte qui interpelle les touristes sont systématiquement les pires.

Le cinquième plat : tonnarelli cacio e pepe contre tout le reste

Un mot sur les formats de pâtes, car les Romains sont sérieux sur ce point. Les tonnarelli (des spaghettis épais à section carrée) sont le format canonique pour la cacio e pepe. Les rigatoni sont préférés pour la carbonara par beaucoup de cuisiniers car les rainures et le tube retiennent la sauce. Le bucatini pour l’amatriciana. Les mezze maniche ou rigatoni pour la gricia. Respecter ces associations n’est pas obligatoire, mais cela indique que la cuisine fait attention.

Si un restaurant propose les quatre plats uniquement en rigatoni, il a simplifié pour des raisons opérationnelles. Ce n’est pas la fin du monde, mais c’est un indice.

Tour gastronomique et œnologique à Trastevere avec plus de 20 dégustations et vin à volonté

Un tour culinaire à Trastevere est une bonne façon de goûter plusieurs de ces plats dans leur version authentique en une seule soirée, accompagnés de suffisamment d’autres spécialités romaines pour vous donner un contexte. Les meilleurs tours intègrent les quatre familles de pâtes dans leur séquence de dégustation, accompagnées de vins locaux.

Prix, coperto et autres informations pratiques

Le coperto (couvert) est standard dans les restaurants romains avec service à table — généralement 1,50 à 3 € par personne — et ce n’est pas une arnaque, c’est simplement la coutume romaine. Il apparaîtra automatiquement sur votre note. Le pourboire est discrétionnaire et 5 à 10 % de l’addition est correct ; personne n’attend les 20 % à l’américaine.

Pour les pâtes elles-mêmes : une portion correcte en premier plat (primo) coûte 12 à 18 € dans une trattoria de milieu de gamme. En plat principal (si vous ne mangez que des pâtes), vous commanderez généralement la même portion et c’est tout à fait acceptable. Ne commandez pas à la fois des pâtes et un plat principal — sauf si vous avez vraiment faim, les portions sont généreuses et vous aurez du mal à finir.

Le guide du tour culinaire des pâtes romaines approfondit les recommandations par quartier et indique où trouver chaque plat dans sa meilleure version. Le guide approfondi carbonara et cacio e pepe couvre l’aspect technique plus en détail si vous voulez comprendre la cuisson.

Une dernière remarque : la bonne réaction quand la cacio e pepe d’un restaurant romain arrive, c’est de la manger immédiatement. Elle se dégrade à mesure qu’elle refroidit. Ce n’est pas un plat pour photographier d’abord.